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(1891-1968)
Pionnier du droit aérien international

La personnalité d’Albert Roper n’est pas très connue dans le monde de l’aéronautique. Il fut pourtant l’instigateur et l'un des principaux créateurs du droit aérien international, après avoir été chef d’escadrille pendant la première guerre mondiale et décoré de la Légion d’Honneur à 27 ans.


La jeunesse

Albert Roper est issu d’une famille modeste d’origine Bretonne, qui vint s’installer à Paris où il naquit en 1891, puis à Bourg la Reine et enfin à Fresnes qui était alors un village campagnard de 800 habitants. Très bon élève, il attire sur lui l'attention de personnes qui s'émeuvent à l'idée que le jeune garçon pourrait prématurément interrompre ses études et lui apportent une aide. En effet, sa mère vivant alors seule et disposant de très faibles revenus, souhaitait le mettre au travail le plus vite possible.

Bachelier en juillet 1909, il doit désormais gagner sa vie, d’abord comme professeur dans une école anglaise installée près du Havre puis comme comptable à la " Société d’encouragement à l’élevage du cheval de guerre Français ", mais en même temps, il travaille pour passer les examens de droit avec l'idée de s'orienter vers l'administration coloniale.

La première guerre mondiale

Appelé au service militaire en octobre 1912, il en sort sous lieutenant de réserve et est affecté dans l'administration coloniale au Congo comme il le souhaitait, mais la mobilisation générale du 2 août 1914 ne lui laisse pas le temps de regagner son poste. D'abord affecté dans une arme non combattante, il demande et obtient d'être versé dans l'infanterie. Il participe, dans un rôle périlleux aux batailles de l'Artois et de la Somme dans un groupe de chasseurs cyclistes, sorte de commandos de l'époque. Il est décoré de la croix de guerre et promu Lieutenant. C'est pendant cette période qu'il se marie au cours d'une brève permission

Ayant demandé à passer dans l'aviation alors que selon ses propres paroles "il n'avait pas vu de près trois avions de sa vie", il est breveté pilote de chasse en un temps record et affecté en avril 1917 à l'escadrille Nieuport 68 où il obtient une nouvelle citation. Il est nommé Chef d'escadrille en décembre, d'abord sur Nieuport puis sur Spad 220. Après de nombreuses missions, il est abattu par l'artillerie anti-aérienne allemande le 30 mai 1918, mais réussit à faire ramener son avion dans les lignes françaises où il s'écrase, lui causant de graves traumatismes et une paralysie des jambes. Conscient mais considéré comme perdu, il est cependant transporté à Nice à l'hôtel Continental transformé en hôpital, et parvient, à force de volonté à retrouver l'usage de ses jambes.

En janvier 1919 il est affecté à la Direction de l'Aéronautique militaire du ministère de la guerre. Parlant couramment l'anglais et titulaire d'un diplôme de droit, il est nommé chef de la section franco-américaine chargée de définir les indemnités aux industriels français et américains dont les marchés pour l'aviation étaient annulés. Cette fonction le met en contact avec des personnalités du Comité Interallié d'Aviation qui est ensuite transformé en une "Commission de l'Aéronautique de la Conférence de la Paix", chargée d'étudier les questions relatives à la navigation aérienne, d'élaborer une convention internationale et de définir une réglementation. (On peut noter que le premier vol commercial international eut lieu le 8 février 1919 entre Paris et Londres).
Les travaux de cette commission aboutirent à la rédaction d’une convention qui fût annexée au traité de Versailles et adoptée par le Conseil suprême de la Conférence de la paix le 27 septembre 1919.

La C.I.N.A.
La convention de 1919 prévoyait en autres la création de la C.I.N.A. (Commission Internationale de la Navigation Aérienne), qui ne devait entrer en vigueur qu’après ratification par la majorité des 27 États signataires. Roper, secrétaire de la commission, s’y employa dans ce qu'il qualifia comme une croisade. La Convention entra en vigueur le 11 juillet 1922, , Il y fut décidé que le siège de la CINA se tiendrait à Paris et Albert Roper en fut désigné Secrétaire Général, fonction qu’il assura pendant 25 ans.
En dehors de la conduite de ces négociations pour la création de la C.I.N.A., Roper continua de 1919 à 1922 à exercer ses fonctions à l'intérieur de la Commission de l'Aéronautique de la Conférence de la Paix, puis au Comité militaire Allié de Versailles (C.M.A.V.) qui remplaça cette commission. Il fut également chargé de la section aéronautique du Service Français de la Société des Nations et fût le représentant du gouvernement Français pour l'aéronautique dans les conférences internationales.
En tant que Secrétaire Général de la CINA, il consacra beaucoup d’efforts pour y faire adhérer d’autres États que les fondateurs (Les États-unis, l’URSS, la Chine n’étaient pas membres). En 1929 il pût organiser à Paris une conférence réunissant 43 États dont 17 non adhérents (y compris l‘Allemagne) et faire rédiger un protocole d’accord qui entra en vigueur en mai 1933.
Sous son impulsion la CINA tint de 1922 à 1939 vingt sept sessions où furent examinées les réglementations relatives à la circulation aérienne dans les pays participants.
Lieutenant Colonel affecté à l’État-major de l’Armée de l’Air pendant les hostilités, il voulut reprendre ses fonctions dès sa démobilisation pour maintenir l’activité internationale de la CINA, ce qu’il pût obtenir en février 1941, en préservant, grâce au caractère international de cette organisation, une indépendance totale vis-à-vis des autorités d’occupation.
Il resta discret sur ses autres actions pendant l’occupation ; on sait seulement qu’il réussit à sauvegarder des fonds de l’ORA (Organisation de la Résistance de l’Armée) qu’il restitua au Ministère de la Guerre en septembre 1944 et qu’il dut résister vigoureusement à des tentatives de réquisition de certains personnels de la CINA par le gouvernement de Vichy.

L'O.A.C.I.
Avant 1939 le trafic commercial intercontinental était très réduit (Europe / Amérique du Sud seulement) et la coexistence de deux organismes de régulation indépendants n’était pas réellement gênante, leurs zones principales d’influence étant séparées : La CINA regroupait 34 Etats dont 21 européens ainsi que leurs dominions et colonies, la Convention de la Havane (qui ne disposait pas d’un Secrétariat Général permanent) regroupait 16 États tous situés sur le continent américain, certains participant d’ailleurs également à la CINA.
En novembre 1944, les américains prévoyant l'extension du transport aérien intercontinental, organisèrent une conférence pour préparer une nouvelle convention. Albert Roper, initialement "oublié" dans la liste des invités put finalement y participer. Cette conférence aboutit à la création d'une Organisation Provisoire de l’Aviation Civile (OPACI) dont il fut nommé Secrétaire Général en août 1945. Encore Secrétaire Général de la CINA, il fit adopter par celle-ci les résolutions nécessaires pour harmoniser ses règles avec celles de la nouvelle Convention et permettre sa liquidation et son intégration à l’OACI au moment de la création effective de celle-ci, ce qui eut lieu le 4 avril 1947, après ratification par 26 pays, son siège étant situé à Montreal, Albert Roper en étant le secrétaire Général , poste qu'il occupa jusqu'à la fin de l'année 1951.

Une retraite active.

Toujours actif à 62 ans, il devint Conseiller International à la CSF (Aujourd’hui Thales) et participa à de nombreuses conférences internationales sur les télécommunications. Il poursuivit cette activité jusqu’à la fin de 1968 en parallèle avec sa participation à plusieurs organismes officiels et professionnels, ainsi que le professorat de droit aérien à l' École Nationale de l'Aviation Civile.

Albert Roper est décédé le 2 mai 1969, il est inhumé à Fresnes, localité du Val de Marne, où il a passé son enfance et où une rue porte aujourd’hui son nom.

Instigateur et l'un des principaux créateurs du droit aérien international, il était, dans les organismes spécialisées de l'ONU, connu comme "A man and wing"

Son action a eu une importance considérable sur l’organisation du transport aérien international.